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Mercogliano

L'apparition du goût à l'italienne en France

Pacello Mazzarotta, dit Dom Pacello da Mercogliano 
1453 (Naples) - 1534 (?)

Né à Mercogliano, ville éponyme du moine, Pacello doit sa renommée à l’aménagement des jardins de la Villa Poggio Reale et de la Duchesca, aujourd’hui disparus, pour Alphonse d'Aragon, duc de Calabre. Lorsque le roi de France séjourne en 1495 à Naples durant la guerre visant à recouvrir ce royaume, autrefois possession de la maison d’Anjou, il est émerveillé par la magnificence des jardins et des palais. Fasciné par les « ouvrages » et les innovations d’Italie, Charles VIII rentre en France accompagné de vingt-deux artistes et artisans transalpins (sculpteurs, peintres, architectes, ...) qui participent à l’avènement de la Première Renaissance française. Parmi eux se trouvent Dom Pacello da Mercogliano, maître jardinier et ingénieur hydraulique qui servit Charles VIII et Louis XII au titre de « jardinier du roi ».
Si son intervention est avérée à Blois - on sait qu'il dormait juste au-dessus des précieux orangers – et fortement supposée à Amboise, elle reste très probable à Gaillon (dpt.27 - Normandie) et hypothétique à Château-Gaillard [1].
Il est de coutume d’attribuer à Dom Pacello da Mercogliano l’avènement en France, du moins la participation à l’introduction, des parterres structurés avec des cloisons orthogonales à des fins scénographiques, des fontaines, des pavillons et de la culture des agrumes en pots.

[1] Dominique Pinon, Étude historique préalable à la restauration des jardins de Château-Gaillard, 2015. 

 

Ses oeuvres en région Centre-Val de Loire 

37 - Dpt. Indre-et-Loire - Amboise - Jardins du Château d'Amboise - fin du 15ème siècle - pour le roi Charles VIII (intervention supposée)
Notice Mérimée [PA00097503] : Château (cad. 2002 BI 150 à 156, 159, 160, 194) : classement par liste de 1840.
A son retour d'Italie, Charles VIII entreprend la reconstruction du château primitif. L’attachement que le roi conserve pour le château de son enfance est certainement pour beaucoup dans sa volonté de transformer l'ancienne place forte médiévale en un palais gothique somptueux. L’arrivée des premiers « maestri » italiens en Val de Loire fait du Château d’Amboise l’un des berceaux de la Renaissance en France. L’art de vivre et de bâtir à l’italienne se diffuse ainsi à Amboise puis dans le reste du royaume. Nouvelle résidence principale, le site met en scène un aménagement inédit des extérieurs auquel aurait peut-être particié Dom Pacello : des jardins, également visibles depuis une galerie percée de fenêtres, ouverts sur le paysage et tournés vers la Loire.



37 - Dpt. Indre-et-Loire - Amboise - Jardins du Château de Château-Gaillard - 1496/1515 - pour le maitre jardinier lui-même (possible intervention)
Notice Mérimée [PA00097505] : La chapelle et les jardins situés devant le château (cad. D 1105, 1108) : inscription par arrêté du 1er octobre 1963.
Ancien fief relevant du château d'Amboise, le domaine constitué de jardins fleuristes et potagers est offert par Louis XII à Dom Pacello en 1505 « pour en jouir à perpétuité » [2], en échange d’une redevance annuelle d'un bouquet de fleurs d'oranger [3]. Le domaine jouit d'un environnement particulier : « Où sont ces beaux vergers, ces excellents potagers de Château-Gaillard, au-dessous de votre parc, abrités du nord par le coteau, arrosés par la rivière de l’Amasse, dressés et plantés, dans un terrain gras et fertile, par le fameux Passiolo que j’avais amené de Naples, comme le plus grand jardinier de l’Europe ? … » [4]. Actuellement, le Domaine royal de Château Gaillard propose une découverte de jardins rappelant les aménagements italiens de la Renaissance.
[2] AD Blois, G 58, Mémoires de la société des sciences et lettres de Loir-et-Cher, 1936, vol 29, par Dr Lesueur le 20 janv. 1932.
[3] Vente de Château Gaillard par le cardinal Charles de Lorraine à René de Villequier le 12 Novembre 1566. AN, MC/ET/VIII/ 269. Ce document est le seul à mentionner le devoir féodal du bouquet d’oranger annuel. Il est repris par E. Cartier, L.-A. Bosseboeuf et P. Pinasseau.
[4]  M. l’abbé Royer, L’Ombre de Charles VIII, le château d’Amboise et Chanteloup, Amboise, fin XVIIIe siècle. Repris par E. Cartier et L. de La Saussaye, « Notice sur quelques jetons du XVIe siècle », Revue numismatique, t. XIII, Blois, 1848 et Pierre Lesueur, « Pacello de Mercogliano et les jardins d’Amboise, Blois et Gaillon », Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français, 1935.



41 - Dpt. Loir-et-Cher - Blois - Jardins du Château de Blois - 1499/1510 - pour le roi Louis XII (réalisation)
Notice Mérimée [PA00098337] : Le château et ses anciennes dépendances : classement par liste de 1840.

À la mort de Charles VIII, Louis XII transfère la résidence royale et la cour à Blois. Dom Pacello suit le roi qui le charge de l’installation hydraulique des jardins du château avec Fra Giovanni Giocondo. La création de la "belle fontaine" au centre du jardin lui vaut une importante renommée. Du temps d’Anne de Bretagne et Louis XII, le château de Blois comportait un jardin avec des terrasses, un pavillon, une orangerie et des fontaines. À l’occasion des 500 ans de la Renaissance, le château a décidé de recréer ces jardins historiques, disparus depuis la Révolution, avec l'aide de l’agence paysagiste blésoise Tendre Vert. Les architectes-paysagistes se sont inspirés de plans historiques de la fin du 15ème-début du 16ème siècle, mais aussi des illustrations végétales contenues dans le livre d’heures d’Anne de Bretagne.


Pour citer l'article : Charlène Potillion. Dom Pacello da Mercogliano (1453, Naples -1534, ?), L'apparition du goût à l'italienne en France. APJRC. 2021.