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Escapade en Normandie - septembre 2016

Les jardins visités sont emblématiques de la Haute-Normandie et dévoilent à cette saison un festival de couleurs !

Escapade en Normandie
Du mercredi 21 au jeudi 22 septembre 2016

© APJRC / Michèle QUENTIN - Photos

Escapade à la découverte des jardins les plus emblématiques de la Haute-Normandie :
Mercredi 21 septembre : 
- graminées et vivaces du jardin Plume, dans une ambiance contemporaine plébiscitée par tous les amateurs de jardin,
- structures diverse des jardins Agapanthe…

Jeudi 22 septembre : les célèbres et différents jardins de Varengeville
-Bois des Moutiers,
-Vastérival,
-collection Shamrock,
-ainsi que la découverte d’une collection privée.


Les amateurs du monde entier viennent depuis longtemps visiter les jardins de Normandie. Certains sites sont devenus mythiques, on parle de la Normandie, terre de jardins et de Varengeville comme un lieu incontournable …  La Haute-Normandie est globalement soumise au climat océanique : doux et humide. Entre campagne et mer, le paysage est inattendu. Le climat et la nature du sol sont propices aux associations les plus spectaculaires. Dans les jardins dessinés par de grands noms,  les arbres, les plantes et les fleurs les plus étonnantes s’épanouissent.
Un grand merci à l’Association des Parcs et Jardins de Haute-Normandie et à son président Bruno Delavenne qui nous ont réservé un accueil particulièrement chaleureux !

Notre circuit commence à 13h30. Moyennant quelques péripéties, nous sommes tous au rendez-vous. En effet, une de nos adhérentes nous appelle au secours, victime d’une crevaison… sur une route improbable… en plein virage… Ce préambule a été l’occasion de démontrer l’adaptabilité et la compétence de l’équipe « tout terrain » de l’APJRC, preuves photographiques à l’appui ci-jointes !

Le Jardin Plume
Ce jardin contemporain, création de Sylvie et Patrick Quibel, allie structure et nature dans un typique verger normand.
Après « 35 ans de jardin », les propriétaires jardiniers-pépiniéristes ont l’impression d’être ici comme « un peintre dans son tableau !  La retouche est permanente et l’on travaille cet éphémère car il y a du vivant, de la croissance. En fait, ce jardin est toujours en état de création… »
L’histoire commence en 1996 avec l'achat d'un corps de ferme d'une superficie d'environ 3 ha. Le couple est animé d’une passion commune pour les plantes ; d’abord la botanique puis intérêt du jardin en tant que concept, structure et architecture, donnant lieu à de nombreuses visites de sites emblématiques, tant en France qu’à l’étranger. A partir de là, leurs désirs prennent forme par le choix d’un dessin classique français.  Sur ce terrain plat balayé par les vents, à l’origine simple prairie, le respect des lieux tient à la structure simple et élégante doublée d’une abondance végétale toute naturelle. Les haies denses, principalement en ifs et charmes, forment une ossature forte du jardin et protègent des vents dominants. Elles sont souvent accompagnées de buis taillés et alliées essentiellement aux plantes vivaces herbacées. Pas d’arbres ni d’arbustes ni de rosiers dans les plates-bandes proches de la maison ; la « broderie » des parterres n’est constituée que par le dessin des buis taillés et la richesse des vivaces et des graminées. En contraste avec cette structure marquante et exubérante, un grand et serein miroir d’eau a remplacé un des carrés de l’ancien verger. C’est une caractéristique du jardin Plume, un lien puissant avec la nature environnante, une grande perspective ouverte où l’œil ne semble jamais s’arrêter. Tout se travaille sur les pourtours, agrémentés de grands carrés de graminées, car la partie centrale ne doit apporter aucune nuisance visuelle.
La liberté des plantes est très surveillée car ici tout a été conçu en fonction de la gestion quotidienne et future. Le rappel de la nature, caractérisée par toutes les plantations un peu folles (mais d’entretien très programmé !), est cadré par les haies et bordures taillées de façon classique, exceptée la grande haie d’ifs modelée en forme de vagues, un clin d’œil raffiné à la proximité de la côte d’Albâtre.
Les grandes haies brise-vent délimitent près de la maison des chambres de verdure, dont chacune a un thème de saison : à l’est le jardin de printemps, devant la maison le jardin d’été et à l’ouest le jardin d’automne. Nous restons un long moment dans ce dernier, submergés par les grandes graminées, les Cimicifuga atropurpurea et autres généreuses vivaces dans lesquelles jouent une nuée de papillons multicolores.
Ce sont les graminées qui ont fait la réputation du jardin Plume ; elles sont employées de multiples façons et toutes leurs facettes sont exposées. Néanmoins, les vivaces abondent et définissent un travail très « pointilliste » de la part de Patrick et Sylvie Quibel, donnant une légèreté omniprésente dans le jardin par son aspect naturel, en fait savamment travaillé. Un travail d’artiste sublimé par une excellente connaissance des végétaux, affirmant ainsi la devise de Beth Chato « la bonne plante au bon endroit ».

Les Jardins Agapanthe
Ces jardins, dessinés et mis en scène par l’architecte paysagiste et propriétaire Alexandre Thomas se situent entre Rouen et Dieppe, au cœur du village de Grigneuseville. D’un terrain plat et nu, le site est devenu vallonné, construit en chambres de verdures, parsemé de passages secrets à l’image d’un labyrinthe animé par l’eau, omniprésente.
Au départ, le jeune Alexandre « met ses parents au jardin » ; aujourd’hui, avec la recréation en 2006 d’un second jardin au delà de la route, le paysagiste et sa mère continuent l’aventure, dans un décor luxuriant constamment renouvelé.
L’espace s’est donc progressivement agrandi, jusqu’à atteindre aujourd’hui 6000m2 de jardins remodelés, sans gazon, d’un entretien difficile mais impeccablement maitrisé, malgré la contrainte du relief créé car par endroit on peut trouver 5m de dénivelé. Le sol est recouvert d’une mince couche de sable ratissée et régulièrement renouvelée.  Ceci étant le goût et la volonté de Pascal Thomas.
Si le modelage du terrain est la préoccupation initiale, le créateur est avant tout un décorateur, il « chine les plantes les plus spectaculaires ». L’aménagement du second jardin est propice à son « délire » avec de multiples terrassements, trous, bosses, « toutes ces bosses qui vont mettre en valeur les gros arbres ». Ceux-ci structurent et « vieillissent » les jardins, avec une majorité de grands conifères taillés régulièrement et des pins taillés en nuage.
Les ambiances différentes se suivent, les topiaires sont mélangées avec des palmiers, les bambous se mélangent aux buis taillés ; grilles, terrasses et mobiliers de jardin émaillent le site, des massifs fleuris apportent la touche finale.« Le jardin est un décor qui doit être beau toute l’année ».
Dans ce terrain initialement sans eau, on découvre lors de la promenade de nombreux bassins et ponts, une rivière animée de carpes, des ruissellements le long d’une « rivière » de magnifiques dalles de Bourgogne. On entend l’eau, avec l’agréable et (enfin !) calme impression d’être dans une nature entourée de sources.
Alexandre est un homme pressé. Même si son métier de paysagiste l’entraîne dans des réalisations « matures », il est dans l’impossibilité d’attendre que son propre jardin grandisse. « Pour moi, c’est important d’aller vite, on ne va pas regarder un arbre pousser pendant quarante ans… j’ai envie d’un résultat immédiat ». C’est son optique !

Les clos-masures
Le plateau cauchois, à une altitude variant de 100 à 150 m, est directement au contact de la mer, balayé en permanence par les vents d'ouest puissants, et même violents lors des tempêtes d’automne et d’hiver. C’est en partie pour s'en protéger que l'habitat s'est organisé en clos-masures, structure paysagère forte et particulièrement originale, qui fait une bonne part de la personnalité du paysage cauchois : alignements d’arbres de grande taille plantés, serrés côte à côte, sur des talus de terre, protégeant les espaces de vie derrière de hauts écrans végétaux. Traditionnellement, des hêtres brise vent forment un grand quadrilatère, protégeant les bâtiments, les pré-vergers et les animaux des vents permanents du plateau.

Varengeville, la Normandie des jardins
Entre mer et campagne, Varengeville est un village privilégié dominant la Manche. C’est un des lieux les plus séduisants de la côte d’Albâtre, dont le terme fait référence à la couleur blanche des hautes falaises crayeuses constituant la majeure partie de ce littoral cauchois. L’accès à la plage se fait par plusieurs valleuses. Curiosités géologiques typiques de la Haute-Normandie, les valleuses sont de petites vallées perchées ou débouchant sur les plages, par une petite route, un chemin, parfois un escalier ou une échelle… Le chemin s’encaisse et descend abruptement. A marée basse, c’est alors un spectacle magnifique qui s’offre à vous lorsque vous foulez le sable de la plage immense bordée à perte de vue de blanches falaises.
Varengeville est un village d’artistes. Le site a séduit de nombreux peintres, musiciens et poètes. Perché sur la falaise et bénéficiant d’une vue exceptionnelle, le cimetière marin surplombe la mer de quatre-vingts mètres de hauteur. Autour de la vieille église bravant les vents, on trouve les tombes des peintres Braque et Auburtin, reposant pour l’éternité au cœur des paysages qu’ils ont tant aimés.
Varengeville est aussi un village-jardin. Déjà prisé par les amoureux de la nature, l’endroit a acquis une renommée incontestable dans le monde des jardins ; les simples noms des Moutiers et Vasterival sont mythiques. Aujourd’hui de nombreux autres jardins et créateurs de jardins se retrouvent sur le territoire, bénéficiant  du climat, de la terre, de la vue et de l’histoire de Varengeville.

Le jardin de l’Étang de Launay
C’est un jardin très très privé, un jardin d’amateur et de collectionneur que nous avons la chance de visiter. Jean-Louis Dantec nous y accueille et nous entraîne dans une promenade où l’on est constamment partagé entre la beauté des lieux et la symphonie des espèces rares.
Implanté sur les falaises, le parc épouse les dénivelés du terrain, glissant vers la mer d’un côté et offrant une magnifique perspective vers le ciel de l’autre. De la maison contemporaine dominant le site, dans la lumière douce de cette soirée automnale, le spectacle est magnifique.
Rien n’est laissé au hasard et pourtant tout semble naturel. Sur 6 ha, Jean-Louis Dantec a commencé à planter en 1990. Les habitués des fêtes de plantes et les collectionneurs connaissent bien ce passionné, à l’affût de L’Essence rare. Son site bénéficie d’une bonne terre sous un climat propice à la culture ou à la plantation des espèces les plus variées ; bouleaux, érables, stéwartias et cerisiers pour leurs écorces, magnolias et cornouillers roses, blancs, fuchsia, jaune pâle, rhododendrons... Sa collection de magnolias est impressionnante ; le terrain est parfois trop gorgé d’eau, il plante – avec succès- sur buttes.
Jean-Louis Dantec rendait très souvent visite à sa voisine, la princesse Sturdza et s’imprégnait de ses conseils. Grâce à elle, il rencontre Jean-Pierre Hennebelle, un personnage haut en couleurs, pépiniériste et obtenteur passionné qui créa en 1959, à Boubers-sur-Canche dans le Pas-de-Calais, une pépinière jardin spécialisée dans les plantes d’exception ; un rendez-vous obligé pour les amateurs et collectionneurs de plantes qui venaient pour l’homme et pour son jardin-laboratoire. Dans ce dernier, il avait été créé dès 1983 un bosquet unique en son genre où se mélangeait une grande diversité d’arbres à écorce. La pépinière Hennebelle fournit aujourd’hui encore de nombreux spécimens pour l’Étang de Launay.
Pour la plupart, les nombreux arbres et arbustes sont sélectionnés pour leur écorce ou leur feuillage exceptionnel. Autour de ses étangs, Jean-Louis Dantec dispose les arbres comme dans un tableau, alliant sobriété et touches d’exubérance végétale. Les couleurs et les écorces sont soigneusement dosées, créant un jeu chromatique et graphique spectaculaire. On sent la passion du jardinier à chaque avancée dans le jardin. L’opiniâtreté également car rien n’est facile dans un jardin et celui-ci est particulièrement construit, tant du point vue paysager que par son contenu botanique.
Ici, les arbres sont magnifiés par de nombreux hortensias, rhododendrons, cornouillers et autres arbustes à floraisons et fructifications intéressantes ; les compositions sont élaborées et les espèces rares… Souvent, les arbres à écorce sont traités en cépée.
Quant aux espèces et cultivars… j’ai griffonné des noms pendant deux heures … Pour rêver, en voici quelques-uns parmi les plus spectaculaires :
Stewartia chinensis  écorce remarquable 
Betula utilis var. jacquemontii écorce blanche
Betula albosinensis ‘Blason  Minrouge’  écorce remarquable 
Betula nigra sélection Hennebelle
Prunus serrula  ‘Jarrow’  écorce prune remarquable 
Prunus rufa sélection Hillier
Prunus rufa  sélection Cambridge écorce plus « noisette »
Acer tegmentosum ‘Joe Witt’ écorce presque blanche
Populus jacquemontiana var.glauca feuillage remarquable
Glyptostrobus pensilis rare conifère du Vietnam
Brassaiopsis mitis (le + courant) araliacée frileuse pour les amateurs d’exotisme
Brassaoipsis hispida
Brassaoipsis ‘Hanlay’
Des hortensias étonnants :
Hydrangea aspera ‘Gongcham’
Hydrangea aspera ‘Hot Chocolate’
Hydrangea macrophylla ‘Stortom Lace’
Hydrangea serrata ‘Koreana’
Hydrangea serrata ‘Kurenai’

Le Bois des Moutiers
Nous  sommes accueillis par Antoine Bouchayer-Mallet, actuel conservateur du site et représentant de la quatrième génération du Bois des Moutiers. Cette dynastie de jardiniers commence il y a plus de 100 ans avec les arrière-grands-parents d’Antoine, passionnés d’art, de musique et de jardins. En 1897, Guillaume Mallet et sa femme acquièrent un vaste terrain de 12 ha planté de chênes et de pins, dans une profonde valleuse. Ils font appel à l’architecte Edwin Lutyens (alors âgé de 29 ans !) et à la paysagiste anglaise renommée Gertrude Jekyll pour édifier la maison et dessiner les jardins dans son prolongement.
« En 1898, il (Guillaume Mallet) fait la connaissance du jeune architecte britannique Edwin Lutyens – de neuf ans son cadet -, qui s’était rendu à Paris pour présenter le projet du Pavillon Anglais de la future Exposition Universelle de 1900. Devinant ses exceptionnelles capacités (qu’une brillante carrière devait bientôt couronner), il confie la construction de la maison et de l’armature architecturale des divers jardins (terrasses, arcades, cours intérieures, escaliers). Selon les idées de William Morris (1838-1896), fondateur du mouvement britannique « Art and Crafts » dont Lutyens est l’un des principaux représentants, la maison, qui tiendra bien d’avantage du manoir ou du cottage que du château ou du palais, sera l’œuvre commune de l’architecte, de l’artiste, mais aussi de l’artisan, avec des aménagements intérieurs (cheminées et plaques de plâtre colorées du sculpteur préraphaélite anglais Robert Anning Bell, boiseries et meubles de Ambrose Heal et Morris & Co, tapisseries de Burne-Jones…), harmonieusement assortis. Et le caractère assez formel des jardins qui l’entourent sera tempéré par la variété, l’originalité et parfois l’exotisme des espèces végétales qu’ils contiennent. »
Imaginés comme la suite de la maison, ces espaces clos de murs sont très structurés ; ils communiquent entre eux et amènent progressivement au grand parc paysager volontairement plus naturel, conçu en collaboration avec Guillaume Mallet.
La nature acide du sol, exceptionnelle en Pays de Caux, va permettre l’introduction de nombreuses plantes adaptées à cette situation, azalées de Chine, eucryphias du Chili, érables du Japon, rhododendrons de l’Himalaya,... spécimens qui ont aujourd’hui pris des dimensions impressionnantes et ont contribué à la renommée du site.
« Au Bois des Moutiers, Maison, jardins, parc n’ont jamais été conçus comme formant trois entités séparées ; en fait, on ne saurait évoquer, ni même imaginer aucune d’elles sans les deux autres. Si la maison est évidement vouée à être habitée, elle n’est guère convenable sans les jardins qui l’encadrent, l’enserrent et s’y introduisent. Maison, jardin et parc, sont ainsi intimement liés, tel que le concevaient Sir Edwin Lutyens et Gertrude, qui inventèrent ici ce qu’on appellera le « Surrey style ». …
… Avec ses vastes proportions, l’extrême variété des espèces de plantes et d’arbres, souvent d’origine exotique ou lointaine, le plan savamment dessiné des chemins ; allées ou sentiers qui le sillonnent et débouchent dans un esprit de découverte et de mystère soit dans une clairière, soit sur la perspective de la mer ou de la campagne, avec son relief capricieux et parfois imprévu, mais qui incline doucement vers la mer, relief marqué de «buttes» ou de «valleuses» souvent creusées par des ruisseaux dont on aperçoit la source toute proche , le parc offre d’abord le charme - spectacle, odeur, fraîcheur - de fréquents dépaysements. Mais pour qui, loin de toute agitation, veut emprunter la voie de l’apaisement, il devient, surtout le soir (à l’heure où Cocteau le découvrait) une suite d’immenses cloîtres végétaux où il se trouvera associé, au sein même de la nature, à la fête silencieuse autant que luxuriante de l’arbre, de la plante et des fleurs.
Guillaume Mallet, le créateur du domaine, s’éteint à l’âge de 85 ans. Son fils André, et Mary son épouse, s’installent au Bois des Moutiers en 1954. C’est cette dernière qui ouvrira le jardin au public en 1970. «  Je ne suis pas propriétaire, je suis dépositaire » aimait-elle dire…
Aujourd’hui, la matinée radieuse fait écho à l’harmonie du jardin. Autour de la maison, la forte structure géométrique s’adoucit par le raffinement des plantations.
L’atmosphère unique du Bois des Moutiers se dévoile dès que nous que nous arrivons devant le vaste amphithéâtre paysager qui plonge vers la mer.
Nous déambulons seuls dans le parc, respirant à pleins poumons l’esprit des lieux.
« C’était, Persicaire, un vaste domaine, au crépuscule : une aube de la nuit. On n’entendait pas la mer. On traversait, si je m’y retrouve, quatre petites cours de cloître à l’italienne. Attendez, on tournait à droite… une cour de volubilis et d’héliotropes…je compte sept marches. Nous entendîmes jouer du piano. » Jean Cocteau  1913

Le Jardin Shamrock
C’est le « paradis » des hortensias. Une collection d’Hydrangea unique au monde, labellisée Collection Nationale par le CCVS en 1999.
Le jardin de la Collection a une superficie de 2 ha et comprend 2000 plants, dont 1200 variétés différentes (espèces, sous-espèces et cultivars) issues de la nature et des sélections obtenues depuis plus d'un siècle par les horticulteurs. Elle a été réunie par Corinne Mallet depuis 1984. Certaines plantes de cette collection sont uniques dans le monde occidental. Elles proviennent le plus souvent du Japon, berceau d'un grand nombre d'espèces d'Hydrangea.
Robert Mallet nous accueille et mène la visite guidée. La clairière a été plantée de nombreux paulownias pour apporter l’ombre indispensable aux précieux spécimens. D’imposants pins de l’Himalaya ferment le jardin et le protège des vents dominants.
Robert Mallet commence à nous explique que le genre Hydrangea comporte une soixantaine d’espèces, les trois quarts en Asie, essentiellement au Japon et deux en Amérique du Nord : H. arborescens et H. quercifolia ; le genre présente aussi des espèces grimpantes.
Ici, on s’intéresse autant à la structure des plantes, au feuillage et au bouton floral qu’à la floraison. Les couleurs automnales sont prises en compte et nous nous apercevons vite que le genre Hydrangea recèle bien des qualités ; mais exige parallèlement des conditions d’acclimatation difficiles à reproduire en région Centre-Val de Loire… Qu’importe, nous sommes là pour découvrir cette fascinante collection.
Notre guide est formel : « N’utilisez surtout pas de terre « dite » de Bruyère ce qui asphyxie la plante, un bon terreau « géranium » est propice au bon développement de l’hortensia. Et n’oubliez-pas d’enlever les fleurs fanées tout au long de l’été, cela facilite la remontée florale ».
La quête est perpétuelle quant à la recherche d’une belle couleur automnale, notamment des inflorescences. Il y a les « classiques » et, comme le souligne Robert Mallet, les « prometteurs » ! Il nous indique quelques sujets supportant un sol un peu calcaire : H. paniculata ‘Big Ben’, H. aspera et ses nouveaux cultivars (une magnifique plante injustement peu employée dans nos jardins), H. quercifolia ‘Ice Crystal’, H. serrata ‘Spreading Beauty’, H. serrata ‘Blue Bird’ (arbustes de petites dimensions, pouvant être utilisés en couvre-sols).
L’H. paniculata ‘Dentelle de Gorron’ est remarquable par l'abondance et la légèreté de ses inflorescences blanc nuancé de vert, puis blanc crème, l’H. macrophylla ‘Hopaline’ présente des pétales dentelés rosissant à l'automne, l’H. microphylla ‘Xian’, à inflorescences bleu pâle en terre acide, est très remontant…
L’attention est éveillée par la disposition des arbustes : les bleus sont dans les fonds, les couleurs rouges sur le devant dans un grand massif ; le long d’une allée, les panicules se suivent et ne se ressemblent pas, à Shamrock, l’abondance des sujets permet de déceler chaque particularité et d’admirer la beauté des Hydrangea.
Traduire, transmettre et exprimer leur joie devant ce genre végétal anime la passion de ces collectionneurs.

Le Vastérival
Notre circuit se termine au Vastérival pour une visite programmée avec Didier Willery.
C’est le deuxième jardin mythique de Varengeville, un lieu dont le nom est étroitement lié à celui de sa créatrice la princesse Greta Sturdza qui, durant plus de 50 ans (1955-2009), a transformé 12 ha de taillis en sous-bois magiques où jouent les formes, les couleurs, les parfums de plus de 10000 espèces et variétés.
La jardinière, dont chaque visiteur se rappelle la « baguette… », va devenir une référence dans le monde des jardins. La princesse a beaucoup voyagé, visité d’innombrables jardins avant de se consacrer à l’oeuvre de sa vie : le jardin Vasterival (nom emprunté au lieu-dit qui le reçoit).  Son amitié avec de fameux paysagistes-propriétaires-jardiniers, son talent de coloriste et sa grande connaissance des plantes, doublée d’une insatiabilité à « avoir la dernière plus belle et méritante … » feront  du Vastérival un lieu incontournable pour tout amateur de jardins.
« Si la princesse puise son inspiration dans la nature, « chaque plante doit «gagner» sa place et offrir un maximum d’intérêts, une floraison exceptionnelle bien sûr, mais aussi un port attrayant, un feuillage remarquable, une fructification digne d’intérêt ou encore une écorce intéressante en hiver. La botanique la passionnait, mais elle n’hésitait pas, au grand dam de ses amis botanistes, à arracher une plante rare (après s’être assurée de sa survie chez des pépiniéristes ou amis collectionneurs) si elle ne tenait pas ses promesses ou nuisait à l’harmonie ou à la beauté du jardin…
L’harmonie du jardin était son souci principal. Elle voulait pouvoir aller n’importe où, à n’importe quel moment et pouvoir se tourner dans toutes les directions pour admirer des scènes, des perspectives, des ensembles harmonieux, et ce à toutes les saisons. La moindre feuille jaunie, ou traînant sur la pelouse, une bordure mal taillée, une branche morte ou une fleur qui fanait mal, tout ce qui pouvait heurter le regard était impitoyablement enlevé ou éliminé sur le champs. De fait, la «propreté» du Vasterival est rapidement devenue légendaire… »
Bon nombre de jardiniers actuels sont allés faire un stage « chez la princesse » qui leur enseigne deux bases essentielles de son jardinage : la plantation soignée, qui assure un bon départ dans la vie des jeunes plantes, et le mulch, qui permet de protéger le sol, de l’enrichir, de faciliter l’entretien des massifs en diminuant fortement l’installation des mauvaises herbes, mais aussi d’éviter les arrosages durant l’été.
La princesse Sturdza a quitté le monde des jardins le 30 novembre 2009, dans sa quatre-vingt-quinzième année.
Aujourd’hui, la famille fait confiance à l'équipe de jardiniers formés par la princesse ; entretien, introductions et plantations se poursuivent suivant les préceptes et les indications de la créatrice.  La taille de transparence menée sur les arbres suit ses principes, c’est Dominique Cousin qui en a la charge.
Didier Willery est aujourd’hui le responsable du jardin. « J’ai eu la grande chance de travailler ici à la fin de mes études, de côtoyer la princesse qui m’a autorisé par la suite à revenir régulièrement à faire des photos dans son jardin et de voir ainsi l’évolution permanente du jardin.
En 2006, la princesse m’a demandé de venir l’aider dans le jardin mais aussi à assurer la relève… »
Ces années ont permis à Didier Willery d’approfondir les techniques de plantation de la princesse et sa manière de penser le jardin, de rechercher et d’associer les plantes.
Il s’attache aujourd’hui à garder le jardin réellement beau et intéressant tous les jours de l’année, comme au temps de la princesse. « Toute l’année ronde » disait-elle.
Dans cette terre constamment mulchée, les plantes débordent de vitalité, les floraisons des rhododendendrons s’échelonnent de Noël à septembre ; le tableau végétal est subtilement retouché pour une excellence de floraisons, de feuillages, de fruits décoratifs, de couleurs d’automne et d’écorces hivernales.
Une appellation Great Star-Le Vasterival propose des sélections effectuées par la princesse Sturdza : Hydrangea paniculata, Cornus Kousa, Viburnum plicatum, Erica arborea et Aster.
Le jardin, Didier, l’équipe de jardiniers et ces plantes perpétuent la légende de la princesse dans le monde des jardiniers.