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Retour sur le séjour en Belgique

Échange de savoirs et savoir-faire dans les jardins historiques

Retour sur le séjour en Belgique (24-27 octobre 2017) : Échange de savoirs et savoir-faire dans les jardins historiques

Sept personnes du consortium français ont pu dialoguer avec différents professionnels flamands et wallons. L’accueil du groupe français a été organisé par Frédérique Desmet (paysagiste, Direction générale opérationnelle de l’aménagement du territoire, du logement, du patrimoine et de l’énergie de Wallonie) et Johanne Dendoncker (coordinatrice de l’ASBL Parcs et Jardins de Wallonie) en Wallonie et par Herman Van Den Bossche (paysagiste, expert jardins et parcs historiques, Administration flamande, Agence du Patrimoine Flamand, chercheur team paysages) en Flandre.
Ces quatre journées (deux jours en Wallonie et deux jours en Flandre), proposées par la région wallonne et la région flamande se sont organisées en visites de terrain suivies de tables-rondes.
Ces échanges ont permis de dialoguer sur la gestion différenciée et planifiée des parcs historiques et sur le choix des techniques à mettre en œuvre (gestion « traditionnelle » et techniques contemporaines, adéquation entre moyens et objectifs).

WALLONIE
Mardi 24 octobre 2017 : Enghien
Matin : visite du parc d’Arenberg à Enghien.

Le parc est classé depuis 1972 comme site (« site exceptionnel de Wallonie ») et une partie est classée comme monument. La Ville d’Enghien a acheté le domaine en 1986, le parc est ouvert au public et accueille régulièrement des évènements. Il couvre près de 190 hectares. Il se distingue par ses jardins clos, ses charmilles, broderies, etc. mais également par la qualité de ses ornements (statues) et de ses constructions (pavillon des étoiles, pavillon chinois). Les jeux d’eau, fontaines, bassins et leur réseau hydrologique sont également des éléments importants de l’ensemble.
Le parc historique a été coupé par une autoroute et il se compose actuellement de deux parties, dont l’une est occupée par un golf.
Un plan de gestion tenant compte des attentes du patrimoine, de l’environnement, du tourisme et de la foresterie a été mis en place.
Parc d’Arenberg à Enghien

Après-midi : table-ronde
Claudine Decuyper, chef du service des espaces verts de la Ville d’Enghien, a présenté, à l’aide d’un support powerpoint, un historique du parc d’Arenberg ainsi que les projets de replantation et de gestion. La Ville a mis en place une charte d’urbanisme composée de trois plans de gestion sur trois thématiques : patrimoine bâti, espaces horticoles, et gestion des espaces boisés et des zones semi-naturelles.
Tous les diagnostics ont été confiés à l’architecte Jean-Louis Vanden Eynde qui a remis des fiches techniques pour chaque partie, bâtiment, élément. Le plan de gestion des espaces horticoles a été réalisé par l’architecte Thomas Host.



 
  • Le plan de gestion du patrimoine bâti et des ouvrages hydrauliques est décomposé suivant des priorités à réaliser dans les 6 mois, dans les 2 ans, dans les 5 ans et dans les 10 ans.
  • ​Le plan de gestion des espaces horticoles s’articule autour d’objectifs d’entretien de trois types :
    classe 1 = entretien très régulier à intensif (espaces historiques « de prestige » et espaces d’accueil). 
    classe 2 = entretien régulier (espaces jardinés structurés).
    classe 3 = entretien régulier à occasionnel (espaces plus naturels, arboretum).
  • Le plan de gestion des espaces boisés et des zones semi-naturelles a permis de distinguer différentes zones du parc et de mettre en avant leur intérêt pour la biodiversité, pour la production de bois ou encore pour le paysage et de mettre en place un calendrier des interventions à effectuer (entretien, coupes, restauration, etc.).

Les drèves (alignements d’arbres) sont entretenues régulièrement, les arbres sont remplacés dès que 60% des sujets sont manquants. De grandes phases de remplacement ont déjà été effectuées en 1923 et en 1946.
Le plan de gestion du parc d’Arenberg s’inscrit dans une approche indispensable à la valorisation et à l’exploitation dans le temps. Bien que le domaine représente une charge financière très importante pour la commune, on constate néanmoins que le site est très fréquenté et apprécié des habitants.

Quatre axes ont été définis pour la valorisation et l’exploitation du parc :

  • Autour du patrimoine (expositions, publications, animations culturelles, mise en lumière du parc).
  • Autour du tourisme (découvertes libres, parcours guidés, espaces familial et récréatif).
  • Autour des activités culturelles et pédagogiques (événements, création d’un verger et d’un rucher).
  • Autour des activités économiques (location d’espaces, création d’espaces de restauration et de convivialité pour les habitants).


Néanmoins ces activités engendrent régulièrement le réaménagement de certains espaces (pelouses abimées, dégradation du mobilier et de la statuaire, etc.) et la création de nouveaux équipements (parkings, espaces techniques, mesures d’accessibilité, etc.) au détriment des espaces boisés, jardinés et parfois de la composition même du jardin.
La Ville obtient des subventions pour la restauration car le parc est classé comme monument, mais la gestion du domaine, par la commune, est lourde et entraîne un déficit de 350 000 € par an.
Cette présentation a permis la confrontation des points de vues et expériences différents entre les Belges et les Français et entraîné de fructueux échanges.


Mercredi 25 octobre 2017 : Freÿr-sur-Meuse
Matin : visite des jardins du château de Freÿr-sur-Meuse

En préambule de la visite matinale des jardins du château de Freÿr-sur-Meuse, le consortium français a décidé d’observer le site depuis un point de vue élevé situé sur l’autre rive de la Meuse. Vision très importante pour mesurer l’empreinte du domaine sur le territoire.
Les jardins de Freÿr sont classés comme monument et sont situés dans la vallée de la Meuse. Ils sont limités d’une part par la Meuse et les rochers qui la bordent en rive gauche et par le versant de la vallée. De type régulier, l’ordonnancement strict des jardins offre un contraste harmonieux avec les rochers abrupts qui lui font face. Les jardins sont réputés pour leur collection d’orangers en pot et leur statuaire en terre cuite datant du XVIIIe siècle. Ils accueillent quelques bâtiments intéressants comme l’orangerie ou le pavillon Frédéric Salle. Les jardins et le château sont propriété privée.
Beaucoup d’échanges et de discussions ont eu lieu durant la visite du jardin.
Un plan de gestion a été élaboré par Denis Mirallié, il est toujours à l’étude.
La présence de Denis Mirallié sur le terrain a permis de bien comprendre le site et ses problématiques de gestion. La question de l’avenir de la collection historique d’orangers en caisse a été longuement débattue.
Un autre point a soulevé de nombreux débats : actuellement, certaines haies et palissades n’ont plus la hauteur qu’elles avaient à l’origine (entre 6 et 8 mètres) et sont tondues plus bas pour des raisons de sécurité des jardiniers (législation) et de matériel non adapté. Ces gabarits actuels nuisent à la composition authentique du jardin en modifiant ses proportions et en faussant le rapport d’échelle.
Jardins du château de Freÿr-sur-Meuse

Après-midi : table-ronde
L’après-midi, la discussion a porté principalement sur la législation wallonne du patrimoine et des sites, et a montré toute la complexité de la protection des jardins sur ce territoire. Il est apparu que, grâce à la législation belge, les arbres remarquables sont très protégés (5 coefficients différents de protection) grâce à la circulaire n°2660.
Des échanges ont également eu lieu sur les inventaires de jardins en France et en Wallonie et ont mis en avant les points communs et les différences. Il est à noter que les inventaires ont été intégralement publiés en Wallonie.
La question de la valorisation des jardins en France grâce au label « Jardin remarquable » a été débattue longuement. La région wallonne souhaite s’engager dans un procédé similaire pour valoriser les jardins de qualité.


FLANDRE
Jeudi 26 octobre 2017
Matin : visite de l’arboretum de Wespelaar 
L'arboretum a été créé en 1985 par Philippe de Spoelberch, sous la conduite de Christrophe Croque, jardinier en chef.
L'arboretum de Wespelaar ambitionne de contribuer à la connaissance et à l'étude des plantes ligneuses des pays à climat tempéré. La constitution de collections aussi complètes que possible doit permettre la sauvegarde d'arbres et d’arbustes rares ou menacés. L'arboretum permet aussi d'évaluer les espèces et variétés cultivées nouvelles ou peu connues que l'on peut utilement planter dans les parcs et jardins de Belgique et des pays voisins. Enfin, l'arboretum veut offrir à tous les visiteurs, et en toute saison, la possibilité de se promener dans un parc exceptionnel. La collection de magnolias est mondialement reconnue. L’arboretum est géré par une fondation.
Cet arboretum a une mission pédagogique (visites commentées le mercredi et le vendredi) et scientifique. Cette dernière est assurée par le créateur, un conseil scientifique composé de 2 botanistes et d’une personne chargée des échanges de graines avec d’autres collections, ainsi que du jardinier en chef.
Philippe de Spoelberch a tenu à assurer une formation solide en matière de botanique à son jardinier chef, Christophe Croque. Ce dernier s’est formé dans de nombreux arboretums et jardins botaniques belges et étrangers avant de prendre la direction de l’arboretum de Wespelaar et du domaine d’Herkenrode. Il poursuit et entretient des échanges réguliers avec les arboretums et institutions botaniques.
Les discussions se sont principalement axées sur la reconnaissance, la sauvegarde et la propagation des génotypes de plantes à valeur patrimoniale ainsi que sur le problème récurrent de l’étiquetage des plantes.
Notre groupe a pu aussi visiter le jardin privé du propriétaire aménagé par Jacques Wirtz qui conserve également d’importantes collections botaniques.
Arboretum de Wespelaar

Après-midi : visite du domaine d'Herkenrode
Après une discussion avec Philippe de Spoelberch sur sa vision personnelle de la gestion de l’arboretum de Wespelaar et des parcs en général, l’après-midi s’est poursuivi par une visite commentée du domaine d’Herkenrode.
Ce parc du milieu XVIIIe siècle présente d’intéressantes fabriques (tholos, grotte, glacière, orangerie, etc.). Le parc à l’anglaise datant de la fin du XIXe siècle a été remanié en partie par Jacques Wirtz, en 1979. Il est composé de haies basses de hêtres et accueille une importante collection d’arbres, d’arbustes et de rosiers. Les espaces aménagés près des bâtiments présentent des collections d’arbustes et de vivaces. Ces jardins créés par Jacques Wirth alternent des jardins de différents styles (andalou, oriental, etc.) et des chambres de verdure.
Domaine d’Herkenrode


Vendredi 27 octobre 2017
Matin : visite du domaine de Gaasbeek.
Le château de Gaasbeek se situe au milieu d’un vaste parc de 49 hectares, aménagé au XVIIe siècle. Le domaine comprend trois grands étangs et conserve les hêtres les plus hauts de Belgique. Dans le grand parc, un « musée-jardin » (Museumtuin) est composé d’un jardin néo-renaissance et d’un potager-verger.
Le jardin de type néo-renaissance a été aménagé en 1905 sur une plate-forme et remanié au début du XXIe siècle. Il domine le paysage et offre une vue panoramique sur le château et assure la transition avec le jardin potager-fruitier.
Ce potager-fruitier est un conservatoire d’espèces anciennes et de techniques traditionnelles : tailles des fruitiers, palissage, conservation. Il est composé de trois parties : un potager avec une orangerie, un verger de conservation avec une collection de référence d’arbres fruitiers en espalier et un verger d’arbres de plein-vent. Un bâtiment présente les modes traditionnels de conservation des fruits récoltés.
Des panneaux explicatifs montrent de manière très pédagogique les différents modes de culture et les variétés utilisées au potager ainsi que les plus grands jardiniers ou obtenteurs flamands.
Le verger présente une remarquable collection de tailles fruitières et de conduites des végétaux (cordons, palmettes, vases, gobelets, quenouilles, pyramides, fuseaux, etc.).
Toutes les discussions, échanges, recommandations, etc. ont eu lieu durant la visite avec le jardinier en chef.
Les collections présentées sont remarquables, la valeur pédagogique du site est indéniable, cependant, on peut s’interroger sur la non utilisation des fruits et légumes récoltés (exposition puis destruction des récoltes).
Domaine de Gaasbeek

Après-midi : visite du parc de Groenenberg
L’après-midi a été consacré à la visite du parc de Groenenberg et de ses collections : collection nationale des azalées rustiques gantoises, collection nationale des camellias d’origine belge, collection de référence d’hydrangeas.
Les échanges ont également eu lieu in situ durant la visite.






Les participants flamands
Herman Van Den Bossche paysagiste, expert jardins et parcs historiques, Administration flamande, Agence du Patrimoine Flamand, chercheur team paysages.
Philippe de Spoelberch, propriétaire du domaine de Herkenrode et président de la Fondation Arboretum Wespelaar.
Christrophe Croque, jardinier en chef à Herkenrode et à l’arboretum de Wespelaar.
Anne Marie Sauvat, paysagiste, conceptrice de plans de gestion, bureau Eole.
Koen Smets, Administration flamande, Agence du Patrimoine Flamand, chercheur team paysages.
Paul David, Administration flamande, Agence Nature et Foret, expert, responsables des collections de plantes.
Marnick Van den Borre, Administration flamande, Agence Nature et Foret, jardinier.
Roel Tiels, Administration flamande, Agence Nature et Foret, jardinier.
Manuel Schneider ing, SD Green Int., Landscape and agroforestry, BXL.

Les participants français
Marie-Hélène Bénetière, historienne de l’art des jardins, chargée de mission pour les parcs et jardins au ministère de la culture.
Joseph Lenoir, chef jardinier au ministère de la culture.
Denis Mirallié, ingénieur horticole et paysagiste, formateur chez Enneade.
Myriam Nègre, responsable de formation chez Enneade.
Michèle Quentin, déléguée de l’association des parcs et jardins de la région Centre Val-de-Loire (APJRC).
Jean-Michel Sainsard, expert parcs et jardins au ministère de la culture.
Alix de Saint Venant, paysagiste et botaniste spécialisée dans la restauration et la gestion des parcs historiques, administratrice de l’APJRC.

Les participants wallons
Frédérique Desmet, paysagiste, Direction générale opérationnelle de l’aménagement du territoire, du logement, du patrimoine et de l’énergie de Wallonie
Ernest Loumaye, administrateur des Jardins d’Annevoie
Olivier Saint-Amand, bourgmestre d’Enghien
Claudine Decuyper, chef du service des espaces verts de la Ville d’Enghien
Guy Devriese, échevin en charge de l’environnement à la Ville d’Enghien
Christophe Deneve, éco-conseiller à la Ville de Mouscron
Yves Bourgeois, Ville de Mouscron
Bernard Dewilde, Ville de Mouscron
Olivier Vanham, directeur du Domaine régional Solvay
Michel De Ghendt, chef jardinier du Domaine régional Solvay
Thierry Wauters, directeur du service Monuments et sites
Didier Morray, président ABAJP
Julie Thiebaut, direction des infrastructures culturelles
Sophie Degros, direction des espaces verts
Myriam Auquière, direction des espaces verts
Anaïs De Plaen
Johanne Dendoncker, coordinatrice de l’ASBL Parcs et Jardins de Wallonie
Bruno Campanella, SPRB
Nathalie de Changy, propriétaires des Jardins d’Annevoie
Herbert Meunier, commission royale des monuments, sites et fouilles
Nathalie de Harlez de Deulin, commission royale des monuments, sites et fouilles