Contenu

Leroy

La figure emblématique de l’horticulture angevine en Indre-et-Loire

André Leroy 
1801 (Angers) - 1875 (?)

 

André Leroy est issu d’une lignée connue de jardiniers et pépiniéristes œuvrant dans ce domaine depuis la fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle. A 18 ans, il part se former auprès d’André Thouin, professeur de culture et de naturalisation des végétaux au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Pendant ces années d’études, il noue des relations avec des horticulteurs français et étrangers qui deviennent par la suite ses correspondants, amis et partenaires commerciaux. Quatre ans plus tard, André Leroy revient à Angers et prend la direction de l’affaire familiale. Il fait croître la pépinière qui, de 4 hectares entretenus par quelques salariés à ses débuts, s’étend sur 168 hectares avec près de 300 salariés en 1863. Chevalier de la Légion d’honneur en 1855, il est élu président de la Société d’horticulture de Maine-et-Loire en 1864, et figure parmi les fondateurs de la Société industrielle d’Angers. Conseiller municipal (1840 à 1845 et 1848 à 1870), il n’a de cesse d’embellir Angers et d’élargir son réseau d’influence. La visite du prince Louis d’Orléans marque l’apogée de sa renommée. En 1849, il envoie aux États-Unis l’un de ses contremaîtres, Baptiste Desportes. Les échanges réalisés lui permettent de fonder une succursale à New York tout en important de nouvelles essences des forêts américaines.

Parallèlement à la production végétale et ses activités politiques, André Leroy entreprend de nombreux voyages en Europe pour visiter les grands établissements d’horticulture et acclimater de nouvelles plantes. On lui a ainsi attribué l’introduction en Anjou du Wellingtonia, ou Sequoiadendron gigantea, à partir de trois jeunes pieds rapportés d’Angleterre en 1855. Il propage la mode des palmiers de Chine (Chamaerops excelsa), des Yucca treculeana et des magnolias à grandes fleurs (un cultivar porte son nom). Homme d’affaire doué pour le commerce, il publie à partir de 1855 un Catalogue général descriptif et raisonné, véritable outil de travail scientifique, rapidement édité en cinq langues. André Leroy rédige de nombreuses notices publiées dans les revues horticoles mais il doit sa notoriété scientifique à son célèbre Dictionnaire de pomologie, publié en 4 volumes de 1867 à 1873. Deux tomes sur les fruits à noyau sont parus à titre posthume en 1877 et 1879. Au-delà de la description des fruits, ce dictionnaire réunit ces recherches menées sur l’origine de chaque variété, avec ses synonymes et ses usages.

Les visites d’André Leroy à l’étranger sont également l’occasion de s’inspirer des modèles d’aménagements paysagers pour sa carrière d’architecte-paysagiste. En effet, il adjoint à la pépinière une activité de dessinateur de jardins et devient ainsi à la fois commanditaire et fournisseur de parcs publics (jardin de la Préfecture et jardin du Mail à Angers) ou privés, dans tout l’ouest de la France. La méthode de représentation de ses plans, ou de son dessinateur M. Marchand, repose sur la superposition de tracés nouveaux en rouge à ceux du cadastre napoléonien en noir. Les percées et les cadrages sont savamment travaillés par des bouquets d’arbres, les cours d’eau prennent l’aspect de rivières anglaises aux contours sinueux, etc. Sollicité pour la création de parcs et de jardins comme pour la plantation d’arbres d’ornement, André Leroy aurait visité au moins 380 clients entre 1842 et 1850 selon ses carnets manuscrits. Professionnel très prisé, son agence devient un lieu de formation de futurs paysagistes renommés, tels Édouard André et Auguste Killian. 

 

Ses oeuvres en région Centre-Val de Loire 
 

Le carnet Parcs et jardins, daté de 1849, mentionne quelques-unes des interventions d'André Leroy pour l'Indre-et-Loire : 36 jardins vers Saumur, 34 vers Tours, [...]. Les notes et plans rassemblés montrent qu’il a réalisé un grand nombre de parcs privés en Touraine, notamment pour des personnalités locales comme le sénateur Belle à Rouziers, le baron Hainguerlot à Villandry, le baron d’Angellier à la Bourdaisière, les Mame aux Touches, ou encore les Goupil de Bouillé à la Pavée à Bourgueil. [1] Les plans visibles ci-dessous ont été transmis par Isabelle Lévêque, paysagiste et historienne des jardins. 

37 - Dpt. Indre-et-Loire - Azay-le-Rideau - Parc et jardin du Château de l'Islette - 1830 - ? (réalisation)

Notice Mérimée [PA00097649] : Château de l'Islette (cad. ZN 35) : classement par arrêté du 15 novembre 1946.
Le parc à l’anglaise, dessiné et planté par André Leroy vers les années 1830, forme un écrin de verdure inscrit dans les bras de l’Indre au sud du château et participe à l’harmonie d’ensemble du lieu.


37 - Dpt. Indre-et-Loire - Langeais - Jardins privés 
Parmi les nombreux jardins réalisés en Touraine, voici quelques exemples situés à Langeais et illustrés par les plans ci-dessous. On note la superposition de tracés nouveaux en rouge à ceux du cadastre napoléonien en noir.
    
37 - Dpt. Indre-et-Loire - Montlouis-sur-Loire - Parc et jardins du Domaine de La Bourdaisière - vers 1849 - pour le Baron Jérôme-Joseph Angellier (plans de jardins, non réalisé)
Notice Mérimée [PA00097872] : Les communs, les douves, l'ancienne chapelle, le parc avec la porte du 16e siècle : inscription par arrêté du 6 mars 1947.
Les ruines de la forteresse des XIIIe et XIVe siècles sont réutilisées en 1520 pour la reconstruction d'un château. Vendu comme bien national, les ruines et le domaine furent acquis sous la Restauration par le baron Joseph-Jérôme Angellier qui fit reconstruire le château. Suite à ses travaux, le baron Angellier demande à André Leroy de réaliser un plan redessinant le parc. Le projet consiste à créer un réseau d’allées courbes, adoucir les contours des parties boisées, planter des végétaux sur la terrasse du château pour occulter la vue sur la vallée. Les plans proposés par André Leroy sont restés à l'état de projet mais le baron Angellier, passionné de jardin, auteur d'un Essai sur les jardins paysagers (1832) et Président de la Société d’Agriculture d’Indre-et-Loire de 1842 à 1857, s'en est probablement inspiré pour donner au parc un style "à l'anglaise". Le domaine de la Bourdaisière a été remodelé par de nombreux architectes-paysagistes tels Edouard André et René-Edouard André (1875-1878), Louis Decorges (1928-1933) et Louis Benech (2009 : Dahliacolor / 2010 : verger).

37 - Dpt. Indre-et-Loire - Savonnières - Château des Touches - ? - pour Alfred Mame (plan de jardin, réalisation ?) 
Edifié au XVIIe siècle, le château des Touches a accueilli de nombreux propriétaires. Le domaine de 40 hectares, comprenant des bois, un étang et un parc d'agrément, est acheté en 1841 par 
l'éditeur angevin Alfred Mame. Ce dernier agrandi le château et fait édifier une grande serre tropicale au sein du parc, précédée par des parterres de fleurs. A sa mort, sa collection de plantes est léguée au jardin botanique de Tours. Le plan d'André Leroy visible ci-dessous montre sa réflexion quant au réaménagement "paysager" du parc. Peu après, il est possible que les frères Bühler soient également intervenus dans le dessin du parc puisqu'ils étaient logés chez Alfred Mame. 

37 - Dpt. Indre-et-Loire - Tours - Jardin Botanique de Tours - entre 1831 et 1843 - pour le Baron Angellier (réalisation) 
Deux hommes portent la création du jardin sur les mauvais terrains marécageux de l’hospice de la ville : Jean-Anthyme Margueron, hygiéniste et pharmacien et André Leroy. La modernisation de l'hospice et la création d'une Ecole Préparatoire de Médecine et de Pharmacie par ordonnance royale jouent un rôle déclencheur dans la création de ce jardin botanique. Divisé en sept "écoles" (botanique, arboretum, forestière, fruitière, mûriers, maraîchère, céréales, plantes fourragères, oléagineuses et tinctoriales), ce jardin est le complément d’étude indispensable à l’instruction médicale. En 1853, la ville de Tours récupère la gestion du jardin botanique qui devient alors un parc municipal public en plus d’être un jardin scientifique. 

37 - Dpt. Indre-et-Loire - Villandry - Parc et jardins du Château de Villandry - entre 1842 et 1849 - pour le Comte Hainguerlot (réalisation) 
Notice Mérimée [PA00098286] : Château, sauf parties classées : inscription par arrêté du 12 avril 1927. Façades, toitures, vestibule d'entrée, escalier intérieur et salle à manger du château ; façades et toitures du bâtiment du concierge, des communs, de la basse-cour et des deux pavillons du 18e siècle qui encadrent l'entrée du château ; façades et toitures du pavillon de l'Audience situé au bout de l'allée des Tilleuls ; cours, jardins, terrasses, pièces d'eau : classement par arrêté du 4 septembre 1934.
Les jardins sont transformés en parc paysager par André Leroy dans la première moitié du XIXe siècle. En 1893, la famille Hainguerlot abandonne le domaine. Il est racheté en 1906 par Joachim Carvallo qui redessine profondément les tracés des jardins à proximité du château.



[1] Juliette MEUDEC, Parcs et jardins du 19e siècle en Indre-et-Loire : du « parc agricole » au « jardin de style », Actes du Colloque « L'Esprit des jardins : entre tradition et création », 5-6 sept. 2008, Conseil Général d'Indre-et-Loire.

Pour citer l'article : Charlène Potillion. André Leroy (1801-1875), La figure emblématique de l'horticulture angevine en Indre-et-Loire. APJRC. 2018