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Le Nôtre

Roi des jardiniers et jardinier du roi

André Le Nôtre 
1613 (Paris) - 1700 (Paris)

 

André Le Nôtre donne ses lettres de noblesse au jardin « à la française ». Auteur des manifestes paysagers du XVIIe siècle et créateur du chef-d’œuvre de Versailles, ses talents lui valent une réputation internationale.
Issu d'une famille de jardinier maraîcher, maître jardinier, jardinier du roi aux Tuileries et dessinateur des plants et jardins, la vocation d'André Le Nôtre est toute tracée. Il est possible qu'il ait fréquenté l'atelier de Simon Vouet pour y apprendre à dessiner. Il étudie la sculpture, l'architecture et la perspective auprès de François Mansart et sur les chantiers où travaillait son père. Au service de la monarchie dès 1635, Le Nôtre créé en 1640 le jardin du château de Wattignies qui lance sa réputation. Il obtient par brevet les charges paternelles de jardinier du roi aux Tuileries (1637) et de dessinateur des jardins du roi (1643) avant d'acheter en 1657 l'office de contrôleur général ancien des bâtiments du roi. Il est chargé de redessiner les jardins du château de Gagny, du château de Maisons et du château de Fontainebleau. La réalisation des jardins de Vaux-le-Vicomte pour le ministre Nicolas Fouquet entre 1656 et 1661 lui attire la gloire et l'attention du monarque. Dès 1662, Le Nôtre est chargé de créer les jardins du château de Versailles. Si ce chantier l'accapare jusqu'en 1687, il lui permet d'exprimer tout son art à un changement d'échelle qui détermine l'apparition du style des jardins dits "à la française" : axes principaux entrecoupés d’allées secondaires délimitant les bosquets, treillages et charmilles formant de vastes murs de verdure qui soulignent les perspectives, allées obliques ou sinueuses menant aux bosquets pour ménager la surprise du visiteur, décors et jeux d’eaux originaux contrastant avec la rigoureuse symétrie des masses boisées, alternance d'ombres (bosquets) et de lumières (parterres), art topiaire et statues jalonnant les parterres et allées principales, etc. Simultanément au vaste chantier de Versailles, il travaille aux jardins de Saint-Cloud pour le frère de Louis XIV (1665), de Sceaux pour Colbert (1670-77), de Trianon (1672-88), de Meudon pour Louvois (1674), de Chantilly pour le Grand Condé (1698) et réalise pour le roi la grande terrasse de Saint-Germain (1669-72). Annobli en 1681, il est rattaché à l'ordre de Saint-Michel en 1693.
Homme d'esprit, courtisan habile et artiste enthousiaste, il bénéficie jusqu’à sa mort de la faveur du roi et – fait rarissime – de son amitié. Ses plans et dessins sont presque tous perdus aujourd'hui et on connaît très peu de dessins de sa main ou annotés par lui ; on parvient à lui en attribuer une trentaine, conservés à Paris ou à Stockholm. On peut difficilement retracer le fonctionnement de son "agence" puisque si Le Nôtre gribouillait des croquis mis au net par des dessinateurs à son service, leur apparition est trop occasionnelle.

 

Ses oeuvres en région Centre-Val de Loire 
 

18 - Dpt. Cher - Saint-Michel-de-Volangis - Château de Turly - 1693 - pour Monseigneur Michel Phélypeaux de la Vrillère (réalisation)
Notice Mérimée [PA18000038] : Les façades et les toitures du château ; le terre-plein sur lequel il s'élève (cad. C 267, lieudit Château de Turly) : inscription par arrêté du 20 janvier 2006.
Le domaine de Turly est la propriété des archevêques de Bourges depuis la fin du XIIe siècle. Le château médiéval est restauré à partir de la fin du XVIIe siècle à la demande de Monseigneur Phélypeaux de la Vrillière. Sans doute à partir de constructions hétéroclites, naît une résidence de plan régulier, ouverte sur les jardins. Les jardins sont remodelés et le parc augmenté. L'intervention de Le Nôtre pour le dessin d'un parterre est mentionnée sur un "Devis pour le plant du parterre de Turly" (archives du Cher G38 n°81 bis). Les successeurs de Monseigneur de la Vrillière poursuivent les travaux et apportent chacun des embellissements. En 1791, le domaine est vendu comme bien national. Entre 1858 et 1891, la restauration du domaine est entreprise par le baron de Laître, avec le concours de l'architecte Saglio. En 1862, il commande au paysagiste Paul de Lavenne, comte de Choulot un parc agricole et paysager. 

18 - Dpt. Cher - Lignières - Château de Lignières - 1660 - pour Jérôme de Nouveau (projet de jardins)
Notice Mérimée [PA00096826] : Le château, ses dépendances (cour d'honneur, douves, bâtiments des communs) et le petit parc (délimité par un trait rouge sur le plan annexé à l'arrêté) : classement par arrêté du 27 juin 1935.
En 1653, le château est racheté par Jérôme de Nouveau, conseiller et secrétaire du Roi, mais aussi grand maître des postes et relais de France. L’année suivante, il demande au célèbre architecte François Le Vau de modifier l’architecture de la demeure. L’ensemble est construit sur les bases d'un château féodal. En 1657, un marché est établi avec La Rivière, fontainier du Roi, pour aplanir le terrain et creuser de nouveaux fossés remplis d’eau. Le Nôtre est appelé pour dessiner le plan des jardins qui ne sont finalement pas réalisés. Ils sont conçus par le maître jardinier parisien Gabriel Thévenon ; les canaux sont de Jérôme Drouard, gendre de La Rivière et maître fontainier de Paris. En 1668, le domaine est vendu à la Princesse Palatine, future Reine de Pologne, avant d’être racheté en 1683 par Colbert. Depuis 1786, le domaine appartient à la famille de Bourbon. En 1827, le Vicomte Eugène de Bourbon-Busset transforme le jardin français en parc anglais, seuls les talus des fossés et les allées qui encadrent extérieurement le château sont rétablis par son petit-fils. 

28 - Dpt. Eure-et-Loir - Anet - Château d'Anet - début du XVIIe siècle - pour Louis Joseph de Vendôme (réalisation)
Notice Mérimée [PA00096955] : Château et toutes les parties bâties et non bâties du domaine l'accompagnant, avec tous leurs aménagements, y compris les installations hydrauliques (cad. B 20, 22 à 29) : classement par arrêté du 25 mars 1993.
Diane de Poitiers hérita du château à la mort de son mari, Louis de Brézé, en 1531. Le château est construit dans les années 1547-1552 et Philibert Delorme édifie les deux ailes latérales (1549-1551), la chapelle (1549-1552) et le corps d'entrée (1552). Quelque peu délaissé au début du XVIIe siècle, Louis Joseph de Vendôme demande à Claude Desgots de restaurer le château. Les jardins sont aménagés au début du XVIIe siècle par Le Nôtre qui supprime les communs autour du château (jeu de paume, orangerie, volières) et le cryptoportique, remplacé par des terrasses à degrés (ce dernier est redécouvert en 1879). Un grand canal dérivé de l'Eure est creusé autour des jardins au-delà desquels s'étend un parc boisé percé d'allées rayonnantes. Le dépeçage de l'édifice commence en 1798 et la destruction du gros oeuvre en 1804, comprenant l'abattage de tous les arbres du parc. En 1840, le comte Adolphe de Caraman demande aux frères Bühler de transformer le parc. Le grand canal est rétablit en 1884. 

 


28 - Dpt. Eure-et-Loir - Maintenon - Château de Maintenon - 1686 - pour Madame de Maintenon sur ordre de Louis XIV (projet de jardins)
Notice Mérimée [PA00097146] : Le château, avec ses dépendances, sa chapelle, ses parcs, son canal et ses pavillons : classement par arrêté du 25 juillet 1944.
Pour commémorer le 400ème anniversaire de la naissance d'André Le Nôtre, le Conseil départemental d'Eure-et-Loir aménage en 2013 un nouveau jardin inspiré du style "à la française" de Le Nôtre. La réalisation de ce projet a été confiée à Patrick Pottier, maître jardinier du château du Champ-de-Bataille.
En 1676, sur ordre du roi Louis XIV, Le Nôtre est envoyé à Maintenon pour dessiner les plans du parc du château. Grâce à un plan original du fonds Robert de Cotte daté de 1686 retrouvé dans les archives de la Bibliothèque Nationale de France, les jardins à la Française du château de Maintenon ont été restaurés afin de retrouver un parterre fidèle à l’esprit de l’époque, respectant les perspectives du château jusqu’à l’aqueduc. Le Nôtre choisit pour Maintenon le creusement d’un canal passant sous l’aqueduc, bordé de deux allées plantées dont l’une porte son nom ; l’autre, appelée Racine, rappelle le souvenir du célèbre poète qui travailla à Maintenon aux tragédies “Esther” et “Athalie”. Il imagine un parterre entouré d’eau côté droit et un parterre triangulaire composé de broderies. 




45 - Dpt. Loiret - Châteauneuf-sur-Loire - Parc du Château de Châteauneuf-sur-Loire - v.1650 - pour Phélypeaux de La Vrillière (plan de jardins)
Notice Mérimée [PA00098736] : Pavillon octogonal ; bâtiment des anciennes écuries et grand pavillon situé à l'angle Sud-Est de l'avant-cour, dit pavillon de l'Horloge : classement par arrêté du 24 juin 1927 ; Grille d'entrée et les deux pavillons qui l'encadrent, orangerie et aile de l'ancien château : classement par arrêté du 11 juillet 1942.
​Palais des premiers Capétiens du XIe au XIIIe siècle, le château est construit sur l'emplacement d'un château royal par le duc de La Vrillière. Du château même, il ne reste qu'un pavillon élevé à la fin du XVIIe siècle et dont le décor intérieur a subi quelques modifications apportées par le duc de Penthièvre. Phélypeaux de La Vrillière fait appel à Le Nôtre pour transformer le château en petit Versailles avec jardins, jets d'eau, escaliers, terrasses et bosquets. Le parc est aménagé en contrebas de la façade sud du château, dans une large plaine alluviale, protégée des fortes crues par un mur d’enceinte construit derrière la levée. Le Nôtre met en scène cet écrin en dessinant un parc « à la française » fondé sur les perspectives ouvrant sur le fleuve. La grande allée (plus de deux kilomètres), orientée vers le nord, mettait en scène, par l’ampleur de son axe rectiligne, une des entrées de la ville tout en rejoignant directement le château. Abandonné après la Révolution et suite à de nombreuses crues, la quasi-totalité des jardins qui s'étendaient jusqu'à la Loire est détruite. En 1821, Eulalie Lebrun fait appel à René-Charles Huillard d'Hérou pour créer un parc « à l'anglaise » sur 86 hectares.


Pour citer l'article : Charlène Potillion. André Le Nôtre (1613-1700), Roi des jardiniers et jardinier du roi. APJRC. 2018