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Choulot

« L'anti Le Nôtre » ou comment mêler l'utile à l'agréable

Paul-Bernard de Lavenne, comte de Choulot 
1794 (Nevers) - 1864 (Pougues-les-Eaux)

 

Issu d’une famille aristocratique, Paul-Bernard de Lavenne est né à Nevers le 31 janvier 1794. Lieutenant de cavalerie auprès du roi Louis XVIII, il obtient le titre de comte de Choulot en 1822. Démissionnaire de l'armée, il devient gentilhomme de la chambre du duc de Bourbon, prince de Condé, puis capitaine général des chasses de ce dernier à Chantilly où il rencontre Louis-Martin Berthault. L’arrivée de Louis-Philippe au pouvoir en 1830 stoppe sa carrière. Resté fidèle à Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, épouse du duc de Berry et belle-fille du roi déchu Charles X, il sert d’agent de liaison entre les partisans de la cause légitimiste à travers les différentes cours d’Europe. Après l’échec du complot visant à restaurer le duc de Bordeaux sur le trône, le comte de Choulot s’exile sur ses terres nivernaises. Il sort de cette retraite forcée dans les années 1840 pour se consacrer à la conception de parcs et jardins. Il intervient auprès d’une clientèle constituée essentiellement de riches légitimistes. Le comte de Choulot poursuit sa carrière de paysagiste jusqu’à sa mort au château de Mimont dont il a dessiné le parc, le 4 avril 1864.

En 1817, les parcs irréguliers qu’il découvre lors de son voyage en Angleterre vont marquer durablement sa conception de l’art des jardins. Le comte de Choulot est à l’origine de la diffusion des coulées[1] et des parcs agricoles et paysagers[2]. Il propose deux sortes d’aménagement : « (…) le parc orné et le parc agricole. Ce dernier comporte le pittoresque et le grandiose du précédent, mais il n’ôte rien à l’agriculture, restreint le nombre des routes à celles qui sont indispensables, et limite l’ornementation de fleurs et d’arbustes au pourtour de l’habitation, le pleasure ground des Anglais. Ce genre de parc résume les besoins de notre époque ; il répondra, nous l’espérons, aux exigences du père de famille, du propriétaire éclairé qui veut que l’art des jardins, uni à l’agriculture, soit l’expression visible de son goût et de son intelligence. »[3] La mode des parcs agricoles et paysagers a eu son apogée entre 1840 et 1860, le comte de Choulot n’y étant pas étranger. Étienne Fricaud est présenté comme son successeur. Peu d’informations sont disponibles à son sujet, hormis sa collaboration avec le comte de Choulot au château de Luanges à Urzy, dans la Nièvre. Divers paysagistes se sont également intéressés à ce genre de création paysagère. Qu’il s’agisse de personnalités de l’art des jardins comme Edouard André (Parc agricole, paysager et forestier de Chesnaye, Indre-et-Loire), François Duvillers (Parc paysagiste, séricole et agricole de Tresques, Gard ou encore le parc paysagiste, agricole, séricicole et viticole de Belleau, Drôme), ou de concepteurs de renommée locale tel Auguste Killian en Anjou, il semble que nombre de créateurs aient utilisé la formule du parc agricole.

Les interventions du comte de Choulot démontrent une conservation et une intégration des anciens aménagements paysagers pour améliorer l’existant. Pour cela, il tient compte de la topographie, des arbres existants, des lointains et de l’orientation du soleil pour la direction donnée aux allées et le choix des couleurs des feuillages. Il insiste également sur l’aménagement d’une partie (le jardin) en rapport avec le tout (la propriété et son environnement) et mise sur la fusion de l’utile à l’agréable. S’il propose une création paysagère unique et adaptée à chaque site, certains aménagements sont récurrents comme l’emploi des allées cavalières, les promenades de forme concentrique autour de la demeure, les pièces d’eau, les bosquets contenant des folies, les coulées, les bosquets en forme de Y, etc.

Le paysagiste travaillait grâce à des carnets de croquis conservés aujourd'hui par ses descendants et avait pour habitude de créer deux plans, l’un destiné au propriétaire et commanditaire aquarellé en couleurs par sa femme, Élisabeth de Chabannes La Palisse, et l’autre en noir et blanc pour son usage personnel. Ces plans, non signés, sont toutefois aisément reconnaissables par leur singularité et leur uniformité : une vue aérienne du domaine est encadrée par des vignettes représentant les fabriques disposées dans le parc, un cartouche en lettres gothiques de couleurs (noir, rouge et bleu) indique le lieu, le nom du commanditaire et parfois l'année.

Pendant plus de vingt ans, le comte Choulot intervient sur 264 parcs. La dernière version de son traité intègre une liste de plans et parcs exécutés selon sa méthode. Son Œuvre contient de nombreux parcs privés et cinq parcs urbains, dont la vaste opération de la ville-parc du Vésinet. Pour autant, cette liste ne précise pas si les parcs ont été réalisés ou s’ils sont seulement restés sous la forme de projets. Les réalisations sont localisées dans cinquante-deux départements du Centre et de l’Ouest de la France. Ce paysagiste a également réalisé quatre parcs à l’étranger, trois en Italie pour le marquis de Blanzy, le roi de Naples et le roi Charles-Albert et un en Suisse pour la duchesse de Parme.


[1] « Vue formée par un vallon artificiel dont les versants constituent les coulisses. », Marie-Hélène Bénetière, Jardin, vocabulaire typologique et technique, Éditions du Patrimoine, Paris, 2000, p. 63.
[2] « Le parc agricole est un parc associant agrément et utilité, à la manière de ceux des grands domaines d’Angleterre. » L'auteur précise que « Le terme a été créé par Choulot qui s’est beaucoup inspiré des grands domaines d’Angleterre. Terme défini par Choulot (1858, p. 11-12) et É. André (1879, p. 185-186). », M.-H. Bénetière, Jardin, ..., Ibid., p. 44. 
[3] Paul-Bernard de Lavenne, Comte de Choulot, L'art des jardins, ou Études théoriques et pratiques sur l'arrangement extérieur des habitations ; suivi d'un Essai sur l'architecture rurale, les cottages et la restauration pittoresque des anciennes constructions, J.-M. Fay, Nevers, 1846, première livraison. Le traité a été publié en quatre fascicules successifs (1846, 1855, 1858 et 1863) dont chaque version est revue et augmentée. 

 

Ses oeuvres en région Centre-Val de Loire 
 

Sur les 35 parcs et jardins réalisés par le comte de Choulot en région Centre-Val de Loire, seuls les exemples manifestes les plus détaillés sont présentés ci-dessous. La liste complète de ses interventions est communiquée en fin de page.
 

18 - Dpt. Cher - Farges-Allichamps - Parc du Château de La Brosse - 1863 - pour M. de la Chapelle (réalisation)
Notice Mérimée [PA18000016] : Le château en totalité, le parc (y compris les éléments bâtis) et le château d'eau : inscription par arrêté du 5 septembre 2000.
Un château est attesté dès le XVe siècle. Sur l’atlas Trudaine dressé au milieu du XVIIIe siècle, le château est accompagné d’un parc ordonnancé. La famille Gardye de la Chapelle Crosville achète le domaine de la Brosse en 1849. Suite à un incendie survenu en 1862, un nouveau château est construit entre 1862 et 1866 dans le style néo-gothique avec tout le confort moderne : eau courante et chauffage central. Un château d’eau capte les eaux du Cher pour alimenter le château. En 1863, le comte de Choulot est appelé pour dessiner un parc agricole et paysager. Il s'agit de l'une des dernières réalisations du paysagiste dont le plan reste encore lisible aujourd'hui avec ses bâtiments (machine élévatoire, serre, kiosque). En 1973, un incendie détruit l’ensemble des toitures du château. En 1940, la ville de Colombes se porte acquéreur de la propriété et en fait une colonie de vacances. Le domaine est une propriété privée depuis 1999.


18 - Dpt. Cher - Jussy-Champagne - Parc du Château de Jussy - XIXe siècle - pour M. de Bengy (réalisation)
Notice Mérimée [PA00096819] : Les façades et les toitures : classement par arrêté du 16 septembre 1946.
Le château de Jussy est érigé vers 1590 par François de Gamaches (Gravure réalisée vers 1600 par Châtillon). Son fils Claude achève la construction entre 1625 et 1650 avec le concours de l’architecte Jean Lejuge. Des jardins réguliers sont dessinés à cette époque et il est encore possible d'en relever certaines traces dans le parc paysager. Plusieurs propriétaires se succèdent même si le domaine reste au sein de la même famille depuis 1759. Au XIXe siècle, le parc est repris par le comte de Choulot : les jardins réguliers sont supprimés, la cour d’honneur et la cour des communs sont aménagées. Le plan est conservé au château. Restauré au début du XXe siècle, le parc a peu changé depuis l'intervention du paysagiste. Les propriétaires réalisent quelques plantations pour régénérer l'ensemble depuis les années 1960.

18 - Dpt. Cher - Thaumiers - Parc du Château de La Forêt - 1857 - pour M. le comte de Bonneval (réalisation)

Notice Mérimée [PA00096912] : L'escalier avec sa rampe en fer forgé et l'escalier à vis : inscription par arrêté du 14 décembre 1979.
Le château est érigé au XVe siècle. La propriété appartient à la même famille depuis le XVIIIe siècle. Le comte de Choulot intervient en 1857 pour redessiner le parc tel qu'il est encore visible actuellement avec ses fabriques. Le plan est conservé au château.

36 - Dpt. Indre - Chazelet - Parc du Château Le Chezelet - 1862 - pour M. le comte de Tilière (réalisation, en partie disparu)
Notice Mérimée [PA00097319] : Château : inscription par arrêté du 26 octobre 1927.

Le château est construit vers le milieu du XVIe siècle sur un carré en île. Une photographie du plan exécuté par le comte de Choulot est conservée au château. Certaines fabriques sont encore visibles dans le parc comme les ponts de pierre et la maison de jardinier. Le plan du parc présente une organisation légèrement différente puisque l’allée d’accès au château prend la forme d’une étoile desservant à la fois le château, les communs, le potager (aujourd'hui disparu) et le parc. 

36 - Dpt. Indre - Luçay-le-Libre - Parc du Château La Pelotte - XIXe siècle - pour M. le comte de Bar (réalisation, en partie disparu)

Autrefois dénommé domaine de la Roche, le comte de Bar édifie vers 1860 un petit château néo-Louis XIII, nommé La Pelotte. Une inscription sur la façade des communs laisse supposer qu'Édouard Marganne en est l'architecte. Le parc est dessiné par le comte de Choulot dans les années 1860. Si d’anciens tracés sont visibles dans les bois, il ne reste plus aucune trace de l’intervention du paysagiste sur ce site. Le plan original est conservé au château. Le paysagiste est intervenu pour la même famille au parc de La Brosse dans le Cher. Le site a vu se succéder de nombreux propriétaires et est désormais privé. 







36 - Dpt. Indre - Saint-Pierre-de-Jards - Jardin de Bellechasse - 1853/1855 - pour Mme. de Villesaison (réalisation, restaurée en 1993)
 
Le relevé cadastral de la commune de Saint-Pierre-de-Jards terminé en 1828 indique la présence de jardins à cette date, dont un jardin anglais. Le comte de Choulot intervient à la demande de Sophie Girard de Villesaison entre 1853 et 1855. Si le plan du parc de Bellechasse n'est pas connu, des croquis témoignent des projets envisagés par le paysagiste. Les caractéristiques paysagères sont appliquées à Bellechasse : coulée, intégration des paysages champêtres environnants, allées cavalières, promenades concentriques autour de la demeure, fabriques (pont rustique, grotte et kiosque superposés, potager en étoile), curiosité hydraulique (inversion du cours naturel du ruisseau pour former une rivière anglaise). A la mort de Sophie Girard de Villesaison en 1861, de nombreux propriétaires se succèdent. Les jardins sont toujours mentionnés jusque dans les années 1940, période où le domaine appartient à un marchand de bois qui fait abattre de nombreux arbres du parc. Le domaine est morcelé après la Seconde Guerre Mondiale et plusieurs propriétaires l'occupe avant d'être abandonné. En 1993, de nouveaux propriétaires font appel au paysagiste Pierre Joyaux pour restaurer et aménager le parc qui ouvre au public dès 1995. Dans les années 2000, de nouveaux aménagements sont créés à proximité de la demeure : parterres de buis devant la façade, voûtes de charmes, labyrinthe de lauriers, roseraie, théâtre de verdure, potager. Le jardin appartient depuis 2016 à un amateur privé qui ouvre ponctuellement le site dans le cadre d'un parcours de tir à l'arc.


45 - Dpt. Loiret - Conflans-sur-Loing - Parc du Château Le Perthuis - 1854 - pour M. le baron de Triqueti (réalisation en partie)
La famille David est propriétaire du site du XIVe siècle jusqu'en 1767. Des jardins existaient très certainement au début du XVIIIe siècle. En 1768, la famille Parceval fait reconstruire le château et modifie le tracé du parc avec de nouvelles allées, des boulingrins et la plantations de charmilles. En 1783, la famille Triqueti acquiert le domaine. Le comte de Choulot est appelé en 1854 pour dessiner un plan d'aménagement qui ne sera réalisé qu'en partie. En 1923, la famille Sartiges récupère la propriété et demande au paysagiste Edouard André d'exécuter un nouveau plan du parc qui ne sera également réalisé qu'en partie. Le plan est conservé au château.



18 - Dpt. Cher : 
Apremont-sur-Allier - Parc du Château Le Veuillin - 1850 - pour M. Paulin du Verne / Notice Mérimée [PA18000060]
Argent-sur-Sauldre - Parc du Château d'Argent - 1862 - pour M. le comte Philippe de Montbel / Notice Mérimée [PA18000014]  
Argenvières - Parc du Château de La Charnaye - date inconnue - pour Mme. la comtesse d'Armes
Cours-les-Barres - Parc du Domaine de Givry - date inconnue - pour M. le comte Jaubert
Nohant-en-Goût - Parc du Château Le Préau - date inconnue - pour M. Brune / Notice Mérimée [PA00096857]
Saint-Michel-de-Volangis - Parc du Château de Turly - 1862 - pour M. le baron de Laitre / 
Notice Mérimée [PA18000038]
Savigny-en-Septaine - Parc du Château Le Brouillet - date inconnue - pour M. Charles de Bengy-Puyvallée
Savigny-en-Septaine - Parc du Château Le Préau - date inconnue - pour M. le baron du Quesne
Serruelles - Parc du Château de Séruelles - date inconnue - pour M. le baron Augier

Vallenay - Parc du Château de Preuil - date inconnue - pour M. Adrien Augier

Véreaux - Parc du Château des Tureaux - date inconnue - commanditaire inconnu
Villecomte - Parc du Château de Villecomte - date inconnue - pour M. Ferdinand de Bengy-Puyvallée 
Vinon - Parc du Château de Vaufreland - date inconnue - pour M. le baron de Vaufreland
 

28 - Dpt. Eure-et-Loir :
Méréglise - Parc du Château de Méréglise - date inconnue - pour M. le marquis des Ligneris / Notice Mérimée [PA28000009

36 - Dpt. Indre :
Langé - Parc du Château d'Entraigue - date inconnue - pour M. Lestienne aîné 
Mouhet - Parc du Château de Rhodes - date inconnue - pour M. Le Roy
Sainte-Sévère-sur-Indre - Parc du Château de Sainte-Sévère-sur-Indre - date inconnue - commanditaire inconnu


37 - Dpt. Indre-et-Loire :
Chanceaux près Loches - Parc du Château de Chanceaux - 1858 - pour Mme. Schneider 
Ferrières - Parc du Château de la Ferrières - date inconnue - pour M. de la Selle 
Monnaie - Parc du Château Les Belles-Ruries - date inconnue - pour M. de Russon / Notice Mérimée [PA00097868
Rigny-Ussé - Parc du Château d'Ussé - date inconnue - pour Mme. la comtesse de la Rochejaquelein / Notice Mérimée [PA00098034
Saint-Patrice - Parc du Château de Chabrol - date inconnue - pour M. le comte de Chabrol-Chameane

41 - Dpt. Loir-et-Cher :
La Ville-aux-Clercs - Parc du Château de la Gaudinière - date inconnue - pour M. le vicomte de la Rochefoucauld

45 - Dpt. Loiret :
Beaulieu-sur-Loire - Parc du Château de de Courcelles le Roy - date inconnue - commanditaire inconnu / Notice Mérimée [PA00098704]
Nogent-sur-Vernisson - Parc du Château de Pralins - date inconnue - pour M. le comte d'Eprémesnil 
Ordon - Parc du Château d'Ordon - date inconnue - pour M. le vicomte de Truchis 

Saint-Brisson-sur-Loire - Parc du Château de Saint-Brisson - date inconnue - pour M. le marquis Seguier / Notice Mérimée [PA00099002]
Saint-Gondon - Parc du Château Dominus - date inconnue - pour M. le général comte d'Argout