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Trois pépinièristes collectionneurs aux environs d’Orléans

© APJRC / Michèle QUENTIN

Un jardin est avant tout un jardinier, et un jardinier doit bien connaître ses plantes…
A Orléans, au quartier Saint-Marceau, se déroule chaque été depuis 1806, la Fête de la Saint-Fiacre qui honore sur trois jours les métiers horticoles. L’horticulture orléanaise remonte au 16éme siècle. A cette époque, le lectier (procureur du roi) cultivait plus de 300 variétés d’arbres fruitiers au sud de la Loire. Vers 1750, les pépiniéristes-jardiniers cultivaient plus de 30 000 arbres fruitiers. Les terres fertiles de l’Orléanais et l’inauguration de la ligne de chemin de fer Paris-Orléans en 1845, contribuèrent à développer considérablement les perspectives commerciales et faire de la région un des fleurons de l’horticulture française. Aujourd’hui encore, de nombreux spécialistes perpétuent la tradition.

Les Pépinières Travers à Saint Jean le Blanc

Depuis cinq générations, les Pépinières Travers font partager leur passion et leur savoir-faire. Cette lignée de jardiniers débute avec Alexandre Travers, l’arrière-arrière grand-père d’Arnaud, qui s’installe à son compte en 1895 sur la propriété de Cour Charette pour y cultiver de la vigne et des légumes. Dans le jardin d‘Alexandre pousse une clématite. Cette liane, peu connue à l’époque, intrigue voisins et amis. Alexandre Travers multiplie donc quelques pieds qu’il propose au marché avec ses légumes et sa vigne. En 1902, son fils Aristide reprend l’exploitation et la développe en la spécialisant dans la production des clématites ; à cette époque, la culture était faite sous des cloches de verre.



En 1924, Raymond Travers, le fils d’Aristide rejoint l’entreprise familiale dont il prend la direction en 1930. A la fin de la guerre, on abandonne définitivement la culture légumière et le maraîchage. La vente s’élargit à différentes régions de France dans les années cinquante : l’exploitation comprend alors une dizaine d’hectares et emploie une douzaine d’employés.
Bernard Travers, le fils de Raymond, prend la direction de l’entreprise en 1965. Au début des années 70, l’entreprise compte 40 employés. La pépinière commence ses exportations vers l’Angleterre, l’Allemagne, la Suisse, le Canada...C’est en 1987 qu’Arnaud Travers rejoint l’entreprise.
Transmise de père en fils, la pépinière a bien changé aujourd’hui, s’adaptant régulièrement aux technologies modernes de production. cent ans d’expérience ont permis de développer une très large gamme de plantes adaptées à toute situation et utilisation.
En 2002, les pépinières Travers installent leur collection de clématites au  parc floral d’Orléans-la Source et obtiennent le label collection nationale du Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS).
Arnaud Travers propose aujourd’hui un catalogue précis - plus de 300 variétés sont proposées -  où les clématites sont classées par « Collection » : pour arbustes et rosiers grimpants ; pour haies, arbres et conifères ; collection couvre-sol ; pour treillages et grillages ; pour bacs sur balcon, terrasse et patio ; pour mi-ombre.
Toute la matinée, Arnaud Travers nous parle des clématites :  leur formes, leur utilisation, leur multiplication, les principes essentiels de taille. Une clématite doit être taillée dès la première année, pour permettre une bonne ramification, une meilleure floraison et une résistance supérieure aux maladies. Pour les moins chevronnés, la taille peut s’effectuer à tout moment, en respectant néanmoins le principe d’une branche sur deux. En cas de « tronc », il est possible de revenir à une forme plus touffue, en taillant progressivement de plus en plus bas. Comme pour toutes les plantes, le jardinier doit faire preuve de bon sens : la clématite choisie doit toujours être adaptée à son support, évitons donc de planter une C.montana sur un petit treillage …. Admirons-la plutôt s’épanouir dans un arbre, tressons-la dans un haut grillage et préférons les superbes variétés à petit développement pour un usage limité. Pas de goutte à goutte directement sur le pied de la clématite, elle déteste cela. Mettez le à 50cm du pied, ce sera parfait !

Pépiniére Francia Thauvin à Saint Cyr en Val
Rosiers anciens, rosiers arbustes, couvre-sols, grimpants ou sarmenteux, rosiers botaniques et roses anglaises : Francia Thauvin vit sa passion à fond et aime la faire partager. Avec environ 700 variétés de roses, Francia propose une collection de vieilles obtentions Orléanaises: Lonete Chenault - Marie Brissonet - Arras - Thermidor – Monett, en tout près de 150 taxons. Passion aussi des vieux outils, des sécateurs anciens, et des arrosoirs en zinc… dans le jardin, la pépinière, sur les étagères et suspendus au plafond du bureau.
Une atmosphère romantique contrastant avec l’énergie de cette dirigeante d’entreprise compétente et efficace.

  

Sur le terrain, Francia nous explique toutes les phases de la naissance d’un rosier, comment bien greffer, les différentes techniques. Le greffage consiste à implanter une portion de végétal appelé greffon, sur un porte greffe, qui devient ainsi son support et lui fournit la sève nécessaire à son développement.
Le choix des porte-greffes convenant à chaque variété réclame aussi une expérience et des connaissances qui font surtout de ce mode de multiplication une affaire de spécialistes. Francia développe la greffe en écusson, sur porte greffe canina. Elle nous fait une démonstration en nous expliquant chaque détail de l’opération.
La technique du greffage demande quelques « tours de main » à acquérir par la pratique. Dure réalité : tout se fait ici manuellement, ce travail minutieux ne peut s’effectuer que l’été, en position penchée, et le plus souvent sous un soleil brûlant, la pluie empêchant toute opération de greffage…Une collection de rosiers greffés en tête nous est également présentée. Francia Thauvin nous recommande de planter un rosier tige non pas en isolé, mais judicieusement placé dans une plate-bande afin de lui donner de la hauteur.



En face des champs de multiplication se trouve le jardin d’exposition. De nombreuses variétés sont fleuries et c’est un bon moment pour apprécier les qualités de chaque rosier. Giverny séduit un bon nombre d’entre nous : un rosier sain, très florifère, au port naturel, les boutons roses laissent s’épanouir de délicates fleurs nacrées. Nathalie, dont les roses semblent peintes sur porcelaine et Vent d’été très florifère font aussi l’unanimité. Et tant d’autres…Rosa sericea pteracantha  (rosier botanique, Chine 1890)   exhibe ses magnifiques branches épineuses rouge translucide. Francia Thauvin a gardé quelques branches de l’année précédentes et de beaux fruits rouges agrémentent ce rosier magnifique.

Le groupe se retrouve dans le jardin personnel de la maison où un verre nous est offert. Nous sommes sous le charme de l’endroit empreint de poésie et riche de plantes intéressantes. Une pergola le traverse, ponctuée de chaque côté d’une partie de la collection d’arrosoirs.

  

Un pique-nique est organisé sous la tonnelle, un moment de convivialité cher aux principes de l’APJRC. La maîtresse de maison y a apporté sa touche, en faisant confectionner de jolis bouquets de table par Chantal Detry, artisan fleuriste, de l’association « J’ai descendu dans mon jardin ».
La passion des plantes reprend vite le dessus et nous nous précipitons dans les serres. Heureusement, notre chauffeur de car a ouvert toutes les soutes de son véhicule et nous repartons chargés mais heureux.  
Francia Thauvin est présidente de l’association « Les Amis des Roses Orléanaises » dont le siège est basé à la roseraie Jean Dupont à Orléans.
La Roseraie Jean Dupont, attenante au Parc Léon Chenault est  dédiée à Jean Dupont, pépiniériste qui, avec  ses enfants, exerçait son activité ici même - Elle fut créée en 1995 afin de devenir le  conservatoire de la Rose Orléanaise et de  rassembler toutes les  variétés de rosiers créés à Orléans et dans la région depuis les années 1850. Les  créations ont été particulièrement  nombreuses à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, moment où la pépinière orléanaise était en pleine essor : Les familles  Barbier, Corboeuf, Turbat, Hemeray-Aubert, Levavasseur et Robichon sont les  principales obtentrices qui ont marqué cette époque.
Certaines de ces  roses sont toujours  inscrites au catalogue des rosiéristes spécialisés : ‘Léontine Gervais‘, ‘Orléans Rose‘, ‘Olivet‘, ‘Ghislaine de Féligonde‘...  Après un  long travail de  recherche, il a été  relevé plus de 400 variétés orléanaises créées entre 1847 et 1940. Aujourd’hui, environ 250 des  variétés orléanaises ont déjà retrouvé dans la roseraie Jean Dupont leur terre d’origine. Quelques roses modernes créées dans la région depuis 1940, ont également pris place dans cette roseraie mémoire.

  
La passion des plantes reprend vite le dessus avec la visite des serres de Francia Thauvin

Les pépinières Yves Dupont
Visite exceptionnelle ! Nous sommes accueillis par Yves Dupont qui nous emmène dans sa pépinière ultra spécialisée. Une entreprise familiale et c’est le fils d’Yves, Marceau qui va se consacrer à la destinée de la pépinière. La culture des buis représente actuellement la plus grande part de l’activité professionnelle. De grandes serres abritent des milliers de plants de buis, soignés et nourris par commande électronique, le tout dirigé depuis l’ordinateur. Yves Dupont a mis au point le « kit de bordure » qui permet de réaliser des mètres et des mètres de bordures de buis… Mais il faut écouter Yves Dupont parler de ses fougères : le professionnel s’attendrit et utilise presque des mots doux pour décrire ses protégées. La lecture du catalogue reprend son discours « Symphonie de feuillage : un des aspects les plus étonnants de ces plantes tient à la diversité de leurs feuillages qui compense l’absence de fleurs avec beaucoup d’élégance. Toutes les nuances de vert se déclinent dans des livrées mates, lustrées ou luisantes. La palette des textures s’étend des plus délicates aux plus denses… ». Il existe une fougère pour tous les jardins, pour tous les sols, presque pour toutes les expositions, bref c’est une plante curieuse, belle, simple et gratifiante. Le monde des fougères comporte de nombreuses espèces, dont certaines présentent des frondes particulièrement remarquables.

  

Le genre Adiatum compte environ 200 espèces, pour la plupart tropicale : Adiatum pedatum ‘Japonicum’ (40x40 cm) présente une coloration printanière rose rougeâtre puis les frondes redeviennent vertes.
Dryopteris erythrosora, (60x50 cm) originaire des zones tempérées de l’hémisphère nord est une très belle fougère à feuillage persistant, les jeunes frondes jaillissent rouge cuivrée du coeur de la plante.
Le genre Polystichum est l’un des plus larges en ce qui concerne les fougères rustiques. Les espèces sont souvent persistantes et bien intéressantes au jardin. Polystichum polyblepharum (60x40 cm) a des frondes arquées, retombantes, d’un beau vert sombre luisant. Et puis, il y a toutes les autres, celles au feuillage délicatement gris, celles qui ne ressemblent pas à des fougères, les dernières arrivantes rapportées d’excursions… Le choix est plus que vaste. Chaque année, Yves Dupont expose aux journées des plantes de Courson : « C’est un excellent moyen de tester le marché, de connaître les tendances, de discuter avec les passionnés ».
Tout en discutant, il ouvre sa grande serre et c’est un monde oublié qui s’offre devant nous. « L’apparition des fougères arborescentes remonte à plus de 300 millions d’années. Elles possèdent un tronc (ou stipe) formé par la succession des frondes qui se renouvellent régulièrement. La croissance de ce tronc varie selon les espèces. Sous nos latitudes, il faut compter environ 10 ans pour 30 cm. Les spécimens que nous vendons sont importés de différentes régions du monde et acclimatés à Orléans, ce qui garantit une bonne adaptation à nos climats. Les fougères arborescentes se plaisent en situation mi-ombragée, en atmosphère humide et en situation abritée du vent. Ce sont de magnifiques sujets de décoration de halls, vérandas ou de pièces spacieuses bien éclairées.» Yves Dupont a fourni notamment le Jardin Volcanique du parc Vulcania en Auvergne.



Photos Marie-Odile Bruyère